Times24.info: Que n’a-t-on pas dit ou écrit sur le sénégalais Youssou Ndour !  Un des musiciens les plus admirés de son temps, il est aussi reconnu comme l’un des plus grands compositeurs de son pays, en Afrique, voire mondial. A force de travail, Youssou Ndour (56ans) est devenu un homme d’affaires chevronné, un magnat de la presse, voire un capitaine d’industrie. Mais le «Roi du Mbalakh» traîne un certain nombre d’échecs, à l’image de son concept économique et social Birima, de la SAPROM et de la fondation Youssou Ndour qui n’est toujours pas visible, etc. You ne fait plus rêver…

Comme quoi, si Youssou Ndour est un virtuose de la musique mondiale, un homme d’affaires futé, il pèche encore dans l’accompagnement des projets sociaux toujours innovants, mais qui n’éclosent, à vrai dire, jamais.

Youssou, né pour la musique

La production musicale de Youssou Ndour, diverse et variée,  est un kaléidoscope de rythmes traditionnels mitonnés de sons modernes. Reconnu comme un maître de la musique doublé d’un artisan perfectionniste, cet homme à la personnalité complexe ne s’est jamais départi d’une sensibilité et d’une expressivité qui  lui font  encore et toujours évoquer dans son œuvre les jeux les plus subtils de l’intelligence et les épanchements les plus secrets du cœur.

Avec ce «rossignol des temps modernes» qui accompagne le Sénégal d’hier et d’aujourd’hui, le climat artistique et musical prodigieusement fécond de Dakar ne pouvait que convenir à l’épanouissement de l’enfant de la Médina (un quartier de Dakar). Au désespoir de ses parents qui voyaient en un futur cadre de la haute administration sénégalaise. «J’ai grandi dans le milieu de la chanson et de la musique», confesse Youssou Ndour qui se cachait pour aller pousser la chansonnette à la célèbre boîte de nuit du Miami Night Club de feu Ibra Kassé. C’est dans ce temple qu’il développa ses goûts musicaux et qui, de bonne heure, stimulèrent son zèle.

Désormais à bonne école, il a su devenir ce compositeur salué par les maîtres et les connaisseurs de l’époque qui voyaient déjà en Youssou un musicien épris de nouveautés, avec une sincérité désarmante. Autant dire que son accession à la célébrité a tout simplement été chose aisée. L’audace de ses compositions et son admiration proclamée pour la modernité et l’ouverture vers de nouveaux horizons allaient lui valoir bien des succès mondiaux avec, à la clé, des Disques d’Or et bien d’autres prix mondiaux de la musique moderne.

Au milieu des années 1990, s’affirmèrent les traits ravéliens les plus caractéristiques de celui qui a fini par devenir une star planétaire, avec un goût toujours affirmé pour les sonorités locales trempées dans l’exotisme et le fantastique. Perfectionnisme, raffinement mélodique, virtuosité des musiques des temps modernes. Ce qui lui fera travailler avec des artistes de renommée internationale comme Alan Stivell, Paul Simon, Peter Gabriel, Manu Dibango, Neneh Cherry, Axelle Red, etc.

Youssou Ndour, c’est également le célèbre Grand Bal de Bercy. Cette antenne formidable du lead vocal du Super Étoile de Dakar et des mélomanes a toujours été l’un des événements majeurs de la culture africaine en France. Mais force est de constater que l’engouement des débuts n’est plus de mise. D’où un espacement dans la régularité de l’événement. Par ailleurs, l’entrée en politique de Youssou Ndour jettera un malaise au sein de son célèbre orchestre, avec des départs aussi spectaculaires qu’inattendus. Allez demander à Habib Faye (Arrangeur musical) de rejouer pour Youssou Ndour. Que dire de Jimmy Mbaye (Guitare), qui a claqué la porte pour ne jure que par sa carrière solo…

Et pour ne rien arranger, celui qui était naguère auréolé au Sénégal et dans le monde ne fait plus véritablement vibrer les mélomanes. Beaucoup lui reprochent de ne plus servir que du «réchauffé» et à abuser des duos. Oui, You ne fait plus rêver…

Le nez creux en affaires, mais…

Au-delà de la sauvegarde du patrimoine artistique africain, Youssou Ndour ne s’est pas interdit de s’investir dans le business et même en politique. Ainsi il peut bomber le torse, pour être à la tête de l’un des groupes de presse les plus puissants au Sénégal, voire en Afrique, avec le Groupe Futurs Médias (GFM). Tout récemment, il a décroché un financement de 20 milliards de francs CFA d’Afreximbank, pour monter une imprimerie ultramoderne et une unité d’emballage. Devant être installée sur le site de Diamniadio, l’usine tarde à voir le jour, la faute à un accident survenu dans l’acheminement du matériel par la multinationale Dubaï Port World.

Youssou Ndour, c’est également l’homme politique qui s’est farouchement opposé à la candidature de l’ancien président de la République Me Abdoulaye Wade. Après un bref passage au ministère de la Culture et du Tourisme, il siège désormais à la table du Conseil des ministres du Sénégal en qualité de ministre conseiller du président Macky Sall. Éclectique par excellence en musique et dans les affaires, Youssou avait réussi à vivre heureux et caché pendant les années de son premier mariage avec Mamy Camara. Ce qui ne fut pas le cas avec son second mariage avec Aïda Coulibaly qui semble lui avoir donné une seconde jeunesse et plus d’envie….

Youssou N’Dour a huit enfants: Ibrahima Nelson Mandela, Birane N’Dour, Ndeye Sokhna N’Dour, Mary. Aida Coulibaly N’Dour, Segui N’Dour, Venus N’Dour, St. Louis N’Dour, Thioro N’Dour.

Que devrait-on retenir de Youssou Ndour, si ce n’était l’influence notoire jouée sur son imaginaire musical qui a beaucoup participé à sa popularité internationale et qui a conforté aussi l’image d’un musicien toujours épris de rythme et de musique. Vivement que cette réussite artistique et économique soit suivie par une éclosion et un succès de Birima…

Le cauchemar Birima…

Birima, c’est cette structure de micro-crédit que Youssou Ndour a créée en collaboration avec Benetton United Color. Son objectif est de répondre aux exigences de financement de ceux qui, au Sénégal, ne parviennent pas à fournir des garanties patrimoniales suffisantes, même s’ils présentent un projet d’entreprise ou une activité intéressante. Mais aujourd’hui, le seul nom de Birima doit flanquer des maux de tête à son concepteur. Tant le projet a été dévoyé. Youssou Ndour le confesse : il est indispensable de «rebooster ce label Birima qui existe déjà». En quoi faisant ? En faisant appel aux bailleurs de fonds qui ont l’habitude de prêter aux banques traditionnelles et qui peuvent aussi, en même temps, prendre en compte le micro-crédit. Et le «Roi du Mbalakh» de reconnaître : «Si nous ne trouvons pas des institutions financières, ça va être difficile, au Sénégal comme ailleurs en Afrique.»

Un autre échec du «Roi du Mbalakh» est également son combat contre l’éradication du paludisme. Même si la bataille n’est pas perdue, elle n’a pas non plus été des meilleures réussites…

Ben Hamid (Times24.info)