Times24.info: La scène médiatique sénégalaise est, plus que jamais, envahie. Une atmosphère lourde qui fait suite à l’ampleur qu’a prise la politique au sein des médias. La plupart des groupes de presse, au Sénégal, s’affichent désormais au grand jour avec des étiquettes partisanes qui portent les visages… de membres du gouvernement et de l’opposition.

Le constat est irrévocable. Au Sénégal, le pouvoir et l’opposition n’ont pas fini de diviser la presse. L’engouement est à un tel niveau que les grands médias s’impliquent désormais et deviennent des acteurs de la scène politique. Le sujet les passionne. Et ils décident tous d’en faire un soin d’existence.

Pour bon nombres de groupe de presse, la ligne éditoriale devient, en effet, un reflet politique. Dès lors, on a plus besoin de se limiter à déchiffrer une information, on doit encore guetter l’occasion pour entrer en scène et être capable ensuite d’apporter une réplique dans une affaire traitée «de façon inconvenante». Le droit de réponse, par médias interposées, devient alors un rituel qui n’engage plus directement les acteurs de la scène politique sénégalaise. Il existe ainsi ces plumes partisanes qui se chargent de les dérober à la tâche.

Cette position, plus qu’apparente, de la presse n’échappe guère à l’opinion qui s’adapte au gré des sorties médiatiques. Ainsi, l’on comprend aisément le fait que le groupe Futurs Médias, appartenant au célèbre chanteur Youssou Ndour, ministre conseiller dans le gouvernement, soit prompt à condamner l’ancien président de la République et ses «dérives». Ce n’est pas seulement un effet de masse que de «s’indigner» des attaques de l’opposition envers le pouvoir, ce groupe de presse suit de très près le président Wade dont les sorties tournent autour du fameux procès de son fils Karim (ancien ministre d’Etat, poursuivi par la justice sénégalaise pour enrichissement illicite). Les détails de la «culpabilité» du mis en cause font, constamment, tâche d’huile sur son medium.

Au même moment, le groupe Sud Communication garde, lui aussi, ses repères. Ce label d’un ex journaliste, Abdou Latif Coulibaly, devenu ministre de la bonne gouvernance, ne pourra pas dès lors être une tribune pour l’opposition. La longue expérience  de ce groupe dans la sphère médiatique ainsi que le respect qu’il incarne aux yeux de l’opinion déjoue bien des tours et expose plutôt les bonnes pistes du «roi».

De la même manière, le Groupe Enquête ne lorgne jamais du côté du pouvoir. Par un coup de magie, ce média est «convaincu» que seule l’opposition a quelque compte à rendre à l’opinion publique. Par ailleurs, son œil alerte fouille constamment, chez «l’adversaire», pour trouver quelque vielle litige à servir d’appui à son éditorialiste de l’ombre.

Le groupe Avenir Communication a, pour sa part, choisi ouvertement son camp quand l’éditeur, naguère connu pour ne pas garder une langue de bois, se replie derrière le Président de la république du Sénégal Macky Sall. Aussi, le média de Madiambal Diagne, actuel conseiller du chef de l’Etat, s’attaque ouvertement à l’opposition et en a fait un cheval de bataille. Ce patron de presse savoure, par la même occasion, une vielle revanche devant un « adversaire » de taille en la personne de l’ex chef de l’Etat, Abdoulaye Wade, qui l’avait fait emprisonner sous son règne.

Pendant ce temps, le groupe Walfadjri, dont le patron Sidi Lamine Niasse est connu pour ses prises de position radicale, revient aux côtés de l’opposition. Pour lui aussi, les raisons sont bien apparentes. Il compte des amitiés et de solides relations dans ces rangs. Aussi, les portes de ce média sont ouvertes pour tous les besoins de scènes d’une opposition soutenue ensuite par des titrailles qui ne laissent guère le choix au camp adverse. Celui-là est bien persona non grata à travers ses lignes.

Dans cette atmosphère, la presse en ligne entre en jeu. Elle camouffle le plaisir de bien des partisans des deux camps qui, pour la plupart, sont derrière ces tribunes et investissent cette nouvelle forme d’opposition. Ainsi, les sites d’actualité sénégalais arrivent en à faire une réalité assumée.

Comme une donne célébrée, les médias sénégalais s’appliquent ainsi une guerre médiatique qui, dans un rythme de convenance mutuelle, semble être une nouvelle trouvaille de leur métier.

Toutefois, des professionnels du métier, tapis dans l’ombre et imbus du sens de l’éthique et de la déontologie, n’arrivent pas à s’adapter à la situation. Un certain malaise les amène souvent à se «retirer». Ce choix s’impose souvent à la suite d’une bataille d’idéologie que ce petit nombre de journalistes mène contre leur patron de presse, finalement, plus forts qu’eux car prêts à tout pour défendre leur position dans la sphère politique.

Toujours est-il que le CNRA (Conseil national de régulation de l’audiovisuel) a bien du pain sur la planche. Pour la prochaine campagne électorale qui s’annonce en vue des Présidentielles de 2017, la tâche sera d’autant plus délicate que la position de l’institution, dirigée le journaliste Babacar Touré, membre fondateur du groupe Sud Communication, attire l’attention de bon nombre d’observateurs.

Diouma SOW, Times24.info