Times24.info : L’aide au développement accordée par l’Union Européenne à des pays tiers vise à réduire les inégalités en matière de santé pour améliorer la cohésion sociale. En 2000, lors du sommet du millénaire organisé par les Nations Unies, l’Union Européenne s’emploie à renforcer les systèmes de santé nationaux afin d’améliorer l’accès aux services de santé de base. De nombreux programmes se consacrent alors à la recherche sur le paludisme et poursuivent toujours leurs efforts car à ce jour aucun vaccin n’a permis d’éradiquer cette maladie.

Premièrement, la mise au point et la commercialisation d’un vaccin nécessite plusieurs procédures. Les scientifiques tentent de comprendre la maladie ( mode d’infection, durée de vie du parasite…) lors de la phase exploratoire. Le vaccin est ensuite développé de façon pré-clinique. Pour cela les scientifiques identifient les agents infectieux qui sont ensuite mis en culture dans des œufs et se multiplient. Ils sont alors récoltés, purifiés et rendus inactifs avec un traitement physique, chimique ou génétique. Les fragments récupérés sur les œufs sont ensuite mélangés entre eux et constituent un vaccin qui est testé sur des animaux. Vient ensuite le développement clinique avec 4 phases. La 1ère consiste à évaluer l’innocuité et la tolérance du vaccin chez un petit nombre d’humains. La phase 2 permet de recueillir des données d’efficacité qui implique des centaines de volontaires suivis de façon régulière et permet de déterminer la dose exacte à injecter. La phase 3 précède la commercialisation du produit et prend en compte plusieurs centaines à plusieurs milliers de participants. Enfin la phase 4 permet de recueillir des informations sur les manifestations indésirables et effets secondaires non détectés après la commercialisation du produit.

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Schéma représentant la phase pré-clinique du développement d’un vaccin

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Photo de l’élaboration d’un futur vaccin

À l’institut Pasteur, des scientifiques mènent des recherches sur un potentiel vaccin pour éradiquer le paludisme. Cependant, une des difficultés majeure réside dans le fait qu’au cours de sa vie, le parasite plasmodium passe successivement par plusieurs phases. Chaque stade s’achève par la libération d’un parasite d’une forme différente ce qui induit des réponses immunitaires différentes compliquant ainsi les recherches. L’institut Pasteur à alors décidé d’approfondir ses recherches sur l’homme, le parasite plasmodium et son vecteur le moustique anophèle. Ces recherches sont essentielles pour pouvoir espérer se défaire de la maladie. En outre, l’institut pasteur était en partenariat avec un important programme Européen appelé EVIMALAR qui regroupait 17 instituts de recherche ou universités de 7 pays d’Europe et des partenaires dans 3 pays d’Afrique (Mali, Soudan, Ouganda). Ce projet a débuté ses recherches le 30 septembre 2014 et a cessé son activité le 31 mars 2015 car ce projet était trop coûteux. Ce programme a néanmoins permis d’élargir les connaissances sur le plasmodium, son vecteur et les différentes transmissions du parasite.

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Extrait de la bande dessinée « The battle against a microscopic killer » (la bataille contre un meurtrier microscopique) créée par EVIMALAR

Un autre projet, le projet OZMALNET a été mené par l‘institut EVIMALAR ( European Virtual Institute for MalariaResearch). Le réseau australien de recherche sur le paludisme ( AMRN) a fourni un financement pour ses chercheurs à l’étranger par le biais de l’initiative OZEMALAR ,fruit de la collaboration entre l’Australie et l’Europe. Ensemble l’Europe et l’Australie ont facilité la coopération en matière de recherche.

Les deux instituts EVIMALAR et AMRN ont effectué des financements réciproques ainsi que de nombreux échanges de chercheurs en début de carrière via OZMALNET et OZEMALAR. Ces chercheurs ont pu apprendre de nouvelles techniques et échanger des résultats d’expérience permettant ainsi d’acquérir plus de savoir. Par exemple, un chercheur de l’institut européen a utilisé une nouvelle méthode de purification des mérozoïtes d’un laboratoire australien. L’imagerie de mérozoïtes purifiés devrait offrir une meilleure vision du développement du paludisme aux européens. Par ailleurs, les chercheurs ont appris diverses techniques et méthodes biochimiques comme l’analyse métabolomique. Les recherches sur les protéines importantes dans le parasite du paludisme ouvrent de nouvelles pistes de recherche pour le développement de traitements et de vaccins. Le projet devrait promouvoir les collaborations en matière de recherches et faciliter les échanges de connaissances pour aboutir au développement de nouveaux médicaments ou de nouveaux vaccins.

*mérozoïtes : première forme du cycle évolutif du plasmodium
*biochimie : étude des réactions chimiques qui se déroulent au sein d’un être vivant et notamment des cellules
*métabolomique : sciences très récente qui étudie l’ensemble des métabolites (sucres,acides aminés, acides gras…) présents dans une cellule, un organe ou un organisme

Quant au partenariat Europe pays en développement sur les essais cliniques (EDCPT), il a vu le jour en 2003 et effectue des recherches sur les trois principales maladies liées à la pauvreté à savoir le VIH/SIDA, la tuberculose et le paludisme. Ce programme est un partenariat entre 14 pays membres de l’Union Européenne, la Norvège, la Suisse et 47 pays d’Afrique subsaharienne. L’EDCPT vise à réduire la pauvreté et à atteindre les 3 objectifs du sommet du millénaire pour le développement en matière de santé. Ce programme insiste sur l’importance de développer des essais cliniques et de veiller au respect des critères scientifiques, éthiques et réglementaires internationaux. En effet, les essais cliniques sont essentiels pour déterminer la sécurité et l’efficacité d’un médicament ou d’un vaccin. L’activité actuelle de l’EDCPT consiste principalement à financer des essais cliniques de phase II et III portant sur le paludisme. Cependant son mandat devrait prochainement être étendu pour couvrir l’ensemble des 4 phases de ces essais ainsi que d’autres aspects ayant trait à la recherche.

La recherche d’un vaccin est d’autant plus essentielle que les femmes enceintes ainsi que leur(s) fœtus sont particulièrement vulnérables aux formes sévères du paludisme. «Les cellules sanguines parasitées par le Plasmodium se fixent sur le placenta et perturbent les échanges entre le fœtus et la mère», explique l’immunologiste Adrian Luty, de l’Institut français de recherche pour le développement (IRD), basé à Cotonou, au Bénin.
L’enjeu pour les chercheurs est de créer un vaccin capable d’induire une protection aux jeunes filles avant leur première grossesse. Adrian Luty à l’IRD et Benoît Gamain à l’INSERM ont sélectionné deux candidats vaccins dans le cadre des projets «PlacMalVac» et «PrimalVac». Le vaccin PlacMalVac est testé en Allemagne et au Bénin tandis que le vaccin PrimalVac est testé en France et au Burkina Faso. L’organisation European Vaccine Initiative (EVI) et l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) sont impliquées dans le projet PRIMALVAC. L’organisation EVI contribue au développement ainsi qu’à l’évaluation clinique de candidats vaccins et l’institut Inserm effectue les recherches.
L’innocuité et la tolérance de ces vaccins, ainsi que leur aptitude à induire une réponse immunitaire sont actuellement testés sur des sujets humains dans le cadre de la phase I de développement d’un vaccin puis si ces résultats sont convainquants des essais de phase II seront menés.

*Immunologiste : spécialiste de l’étude du rôle de la composition immunitaire

L’espèce plasmodium falciparum est la plus fréquente, la plus meurtrière et la plus résistante aux antipaludéens. C’est pourquoi son élimination est devenue une priorité. Les recherches effectuées depuis des années ont permis d’élaborer un vaccin nommé Mosquirix ayant pour but de protéger les enfants âgés de 6 semaines à 17 mois du plasmodium falciparum. Son histoire débute il y a 30 ans alors que le docteur Joe Cohen jeune scientifique débutait sa carrière chez GlaxoSmithKline (industrie pharmaceutique britannique aussi appelée GSK). Ce scientifique combine des extraits de protéines identifiés par un couple américain avec l’antigène de surface du virus de l’hépatite B. Ce couplage permet de former ce qui ressemble à un virus pour ensuite déclencher une réponse immunitaire et générer des anticorps. C’est à ce moment que né le vaccin RTS,S ou Mosquirix. Le docteur Lode schuerman travaille lui aussi au GSK et suit l’évolution de ce vaccin de près. En rentrant de Côte d’Ivoire dans les années 1990, il constate que le vaccin prend une avancée considérable puisque des tests cliniques de phase 1 sont effectués sur des adultes. Dans les années 2000, Bill Gates, via sa fondation Bill & Melinda Gates, investit des millions de dollars dans la phase 2 des tests. La phase 3 concerne 15500 enfants dans sept pays d’Afrique et à pour objectif d’obtenir un accord de mise sur le marché du vaccin.

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 » Réaliser que mon travail donne naissance à des médicaments qui pourraient sauver des vies est la seul chose dont je pouvais rêver en débutant ma carrière. »
Portrait du docteur Joe Cohen chercheur à l’institut GSK

En 2015 le comité des médicaments à usage humain (CMUH) de l’agence européenne du médicament (EMA) émet un avis favorable pour une utilisation du Mosquirix hors de l’Union Européenne. Le comité a souligné qu’il devait être utilisé en conformité avec les recommandations officielles établies par l’OMS. Il devient le premier vaccin antipaludéen à être autorisé. Cependant cette autorisation n’est valable que dans le contexte Européen. En octobre 2015 l’OMS étudie la situation et établit un verdict.« En janvier 2016, les experts de l’OMS statuent sur le vaccin : ils le jugent prometteur, mais trop limité, rapporte Lode Schuerman. Il est alors nécessaire de mettre en place des implémentations pilotes, c’est-à-dire une utilisation contrôlée dans un endroit limité. »

GSK décide de travailler sur la phase 4 susceptible d’impliquer de 100 000 à 200 000 enfants dans trois à cinq pays d’Afrique. Mais pour le moment la protection conférée par ce vaccin a été jugée comme étant partielle. En effet, le vaccin a été efficace chez 56 % des enfants âgés de 5-17 mois et chez 31 % des enfants âgés de 6 à 12 semaines et son efficacité a diminué après un ans. Et même si l’EMA avait conclu que les avantages l’emportaient sur les risques causés par le vaccin, son accord ne suffit pas pour déployer le vaccin à grande échelle. Néanmoins il semble essentiel de souligner que le Mosquirix est le premier vaccin antipaludéen a être arrivé à un tel stade et que les recherches pour éradiquer la maladie sont toujours d’actualité.

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Un bébé se faisant vacciner contre le paludisme grâce au vaccin Mosquirix

B. Le financement mis à disposition

L’Afrique subsaharienne est la principale zone impaludée. En effet, elle regroupe 90% des cas de paludisme et 92 % des décès. Malgré les nets progrès remarqués (une chute de 29%  de la mortalité due à la maladie entre 2010 et 2015), le parasite est responsable de 429 000 morts en 2015.

Des améliorations sont encore à apporter au niveau de la lutte mais elles ne sont possibles  que si un financement est apporté. Mais l’Afrique sub-saharienne, principale zone impaludée, ne peut fournir les fonds nécessaires. De plus, on estime que le paludisme entraîne pour l’Afrique sub-saharienne une perte de PIB de 12 milliards de dollars US par an. C’est pourquoi, partout dans le monde se sont développés des partenariats internationaux de lutte contre ce fléau qui reste malgré les efforts la première cause de mortalité mondiale.

L’OMS est le principal instigateur de lutte. L’élimination du paludisme figure dans ses objectifs du millénaire. Autour de cette organisation de l’ONU gravite notamment Le Fonds mondial, partenariat ayant pour but d’éliminer les pandémies mondiales que sont le paludisme, la tuberculose et le SIDA. L’Union Européenne est un des principaux contributeurs de ce Fonds mondial.

ONU : Organisation des Nations Unies. Créée en 1945 elle regroupe presque la totalité des Etats du monde et a pour principaux buts de préserver la paix et la diplomatie sur Terre.

Le 16 septembre 2016 s’est tenue à Montréal la Conférence du Fonds mondial. Le but était d’organiser la lutte contre les trois pandémies pour les années 2017/2019. Au total, 13 milliards de dollars seront accordés au partenariat. Ce financement se répartit de la manière suivante :

Etats-Unis : 4.3 milliards de dollars
Royaume-Uni : 1.1 milliard de livres
France : 1.08 milliard d’euros
Allemagne : 800 millions d’euros
Japon : 800 millions de dollars
Canada : 600 millions de dollars

Sur ces six pays, trois font partie de l’Union Européenne.

La Commission Européenne a investi au total 470 millions d’euros pour 2017/2019 contre un investissement de 370 millions d’euros pour 2014/2016. On note une augmentation de 27%. L’Europe considère donc la lutte contre les pandémies mondiales dont le paludisme de plus en plus importante. Elle est le sixième bailleur de fonds du Fonds mondial.

En mai 2015, le rapport Action et Investissement pour vaincre le paludisme 2016 – 2030 du partenariat Roll Back Malaria (faire reculer le paludisme) a été validé par l’OMS. Ainsi, la communauté internationale a prévu un montant du coût à investir pour parvenir à remplir les objectifs proposés par le rapport :

D’ici 2020 : 6.4 milliards de dollars par an pour réduire de 40% le taux de mortalité

D’ici 2025 : 7.7 milliards de dollars par an pour réduire l’incidence à 75%

D’ici 2030, l’objectif final : 8.7 milliards de dollars par an pour une élimination presque globale du paludisme soit 90%

La France, en plus d’être engagée dans le fonds mondial est également à l’initiative du partenariat UNITAID. Cet organisme piloté par l’OMS a pour but de diminuer le prix des médicaments contre les trois grandes pandémies, de faciliter leur accès et d’améliorer leur qualité. La France a accordé 100 millions d’euros en 2016 à UNITAID, ce qui en fait le principal contributeur.

L’Union Européenne, bien que ses investissements soient significatifs, n’est pas en capacité financière d’enrayer la maladie.

Source : tpeeradicationpaludismesite