Times24.info : La capitale biscayenne 
a construit sa notoriété grâce 
à la vision avant-gardiste 
de lauréats du Prix Pritzker, 
le «Nobel» de l’architecture

La cité industrielle basque a fait du bord de sa rivière un observatoire des nouvelles tendances. Pour comprendre l’esthétique résolument moderne de Bilbao, direction le terminus du funiculaire d’Artxanda. Sur ce mont, considéré comme le poumon de l’ancienne ville portuaire, se dresse un verdoyant mirador qui offre une perspective sur le «Botxo», le trou. Par beau temps, l’Atlantique se dévoile à 12 kilomètres de la municipalité traversée par la Ria et entourée de montagnes.

Avec la révolution industrielle du XIXe siècle, la construction de navires, les mines de fer et le transport de charbon ont noirci, pollué mais aussi enrichi Bilbao. Dans les années 1980, l’industrie sidérurgique entre en crise, les chantiers navals ferment, laissant la classe ouvrière sur le carreau. Le point zéro est atteint en 1983 avec une inondation historique. C’est la goutte de trop! Les dirigeants cherchent une nouvelle manne financière pour redorer le blason de la cité. Ils se tournent vers le tourisme.

«L’effet Guggenheim»

Exit les Ports francs et leurs containers, une série de travaux de nettoyage et d’assainissement démarrent avec, en parallèle, le développement d’infrastructures comme le métro qui reliera la province et la mer à la ville. Ses bouches dessinées en 1985 ont un cachet ultramoderne et minimaliste et sont affectueusement surnommées les «Fosteritos» en hommage à son créateur, l’architecte britannique Norman Foster (Prix Pritzker en 1999).

Une nouvelle dynamique sociétale est en marche et, avec le déplacement de son port hors du centre, la mairie poursuit la reconversion urbaine en lançant la construction d’un musée destiné à abriter de l’art moderne et contemporain. Cette décision provoque le mécontentement d’une population qui peine à boucler ses fins de mois. Grand soulagement, l’édifice, inauguré en 1997 et conçu par Frank O. Gehry (Prix Pritzker en 1989), génère un million et demi de visiteurs l’année de son ouverture. Cet impact touristique booste à la fois la reprise économique et l’orgueil meurtri de ses habitants.

Haute de 165 mètres, la tour Iberdrola dessinée par César Pelli est l’un des bâtiments les plus élevés d’Espagne.

Aujourd’hui encore, les 24 000 mètres carrés de ce «bateau» s’inscrivent comme l’une des plus belles réalisations au monde. Les plaques de titane rappellent les écailles d’un poisson, clin d’œil au passé maritime de la région. Dans ses entrailles, la Matière du temps, une installation permanente de Richard Serra, occupe le rez-de-chaussée. Aux étages, des expositions temporaires, comme celle dédiée actuellement à Louise Bourgeois. D’autres œuvres monumentales s’organisent autour du musée. Le Puppy de Jeff Koons, un chiot végétal en taille XXL devient la mascotte de la ville. Plus loin, Maman, une araignée de 9 mètres de hauteur de Louise Bourgeois côtoie Le grand arbre et l’œil d’Anish Kapoor et La fontaine de feu d’Yves Klein.

Le musée fait basculer la ville sur le devant de la scène internationale et attise la curiosité d’autres architectes. Comme Zaha Hadid, lauréate du Pritzker en 2004 et décédée cette année, qui envisageait de rouvrir le canal permettant aux navires de rejoindre la mer en ligne droite sans passer par les méandres de la rivière. Le projet de l’Irako-Britannique, aux abords du palais Euskalduna de Federico Soriano, va transformer la presqu’île en île.

Ce «petit Manhattan» accueillera des institutions culturelles et artistiques. Bilbao, ville des «Pritzkerisés»? Pas tous. Il faut aussi compter avec les réflexions de César Pelli, dont la tour Iberdrola qui culmine à 165 mètres est l’un des plus grands gratte-ciel de bureaux construits en Espagne. Le Japonais Arata Isozaki, lui, a créé un complexe résidentiel avec ses tours jumelles qui s’élèvent aux portes de la ville. Tandis que le Mexicain Ricardo Legorreta s’inspire, pour la construction de l’actuel hôtel Melia, d’une sculpture d’Eduardo Chillida.

Les tours jumelles du Japonais Arata Isozaki surplombent le Zubizuri, le pont de l’architecte espagnol Santiago Calatrava. © Todos los derechos Instituto de Turismo de España (TURESPAÑA) / Felipe J. Alcoceba

Sans oublier l’Espagnol Santiago Calatrava, que le comité du Nobel de l’architecture n’a toujours pas honoré, auteur de La Paloma, l’aéroport international de la ville, et du Zubizuri, pont blanc qui torsade en adoptant la forme d’un voilier ou d’une épine dorsale.

Au bonheur des «pintxos»

La gastronomie s’impose comme l’autre argument culturel de Bilbao. Les étals du marché de la Ribera proposent des produits artisanaux entre terre et mer, comme le fromage de brebis d’Idiazabal, le thon ou les sardines en boîte, le miel de Gorbea ou encore le vin blanc Txakoli de Bizkaia. Et si la région s’offre une pléthore de restaurants étoilés, laissez-vous charmer par les traditionnels «pintxos», les tapas basques.

La coutume veut que l’on fasse la tournée des bars avalant à chaque halte sa bouchée fixée par un cure-dents et rehaussée d’une préparation sophistiquée à base de jambon, de morue à la sauce au pilpil ou d’une friture de légumes. L’extravagance de cette pyramidale miniature siège avec arrogance sur du pain grillé. L’occasion de découvrir la vieille ville et ses Sept Rues visitées par les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle ainsi que la zone commerçante d’Ensanche.

A la sortie du travail, les habitants font généralement halte dans un bar. «Peu importe si l’on vient seul, on sait que l’on croisera une tête connue. Et si ce n’est pas un ami, ce sera son père ou son enfant car toutes les générations sortent ensemble», observe une habituée. L’adresse mythique? Le café Iruña ouvert en 1903. Ses 300 mètres carrés sont recouverts d’azulejos, ces carreaux de faïences décorés et le prix d’une eau gazeuse couplé d’un «pintxo» ne dépassera pas les 3 francs.

Le café Iruña est ouvert depuis 1903. Ses 300 mètres carrés sont recouverts d’azulejos, ces carreaux de faïences typiques. © Todos los derechos Instituto de Turismo de España (TURESPAÑA) / Felipe J. Alcoceba

Pour clore la visite, le centre culturel Azkuna propose des cocktails sur sa terrasse. Cet ancien dépôt d’alcool abrite 43 colonnes imaginées par Philippe Starck et dressées par Lorenzo Baraldi. Chacune se réfère à une esthétique différente, on jongle entre le néoclassique, le chinois et les références médiévales. Le marbre, la brique et le bois: les matériaux eux aussi varient entre eux. Une manière de traverser l’histoire de l’humanité.