Times24.info : L’artiste congolais Papa Wemba est à Abidjan à l’occasion de la 9e édition du Festival des musiques urbaines d’Anoumabo (Femua). Cela fait un peu plus de huit années que le roi de la Rumba congolaise n’avait pas mis les pieds en Côte d’Ivoire. Il parle de sa carrière musicale, de son retour à Kinshasa (RDC), du Femua et de la réconciliation en Côte d’Ivoire.

Vous ne vous êtes pas produit en Côte d’Ivoire depuis bien des années. Pourquoi avez-vous accepté de venir vous produire au Femua?

L’une des raisons qui m’a motivé à accepter l’invitation de mon jeune frère A’Salfo, c’est d’abord le concept, même, de ce festival. Organiser un événement comme celui-là en vue de récolter des fonds pour construire des écoles, j’avoue que cela mérite le déplacement à Abidjan pour soutenir le Femua. Croyez-moi, en Afrique, très peu d’hommes politiques ne songent à prendre ce genre d’initiative pour améliorer les conditions de vie des populations. Le Femua a un bel avenir devant lui parce qu’il pose les jalons du développement culturel de demain. Pour moi, A’Salfo est un homme de cœur qui déborde de générosité.

Vous n’êtes pas venu tout seul à ce festival ?

Non, pas du tout. Je me suis déplacé à Abidjan avec mon orchestre, Viva la Musica, au grand complet, composé de 21 personnes.

A quand remonte votre dernier spectacle en Côte d’Ivoire ?

Cela fait bien longtemps. Je crois que cela remonte de sept à huit années que je ne suis pas venu à Abidjan. Grâce au Femua, je suis donc de retour dans ce beau et grand pays qui est la Côte d’Ivoire.

Que réservez-vous comme surprise au public ivoirien ?

A vrai dire, je ne réserve pas vraiment une surprise au public ivoirien. Je lui réserve plutôt ma voix et mon riche répertoire que va jouer mon groupe Viva la Musica.

Vous auriez quitté Paris pour Kinshasa. Est-ce le retour définitif au pays ?

Je suis effectivement rentré à Kinshasa depuis quelque temps. Ne dit-on pas qu’on est mieux chez soi ? Je suis certes retourné au pays mais pour des questions de boulot, je suis à cheval entre Kinshasa et Paris où vit encore ma famille et dispose d’un studio d’enregistrement.

Papa Wemba s’est-il orienté dans la production et l’accompagnement des jeunes talents ou ne s’occupe que de sa carrière professionnelle ?

Disons que je fais un peu de tout. Je me produis, moi-même, et j’essaie d’aider aussi les jeunes talents à évoluer. Je pense que c’est le moindre que je puisse faire pour la nouvelle génération qui arrive pour assurer la relève.

Contrairement aux autres artistes congolais, vous ne mélangez pas votre carrière professionnelle avec la politique. Vous restez loin des agoras politiques ?

Dans la vie, il faut savoir faire ses choix. Il faut avoir une vision et une détermination. Il faut savoir conduire sa vie et son métier. Pour moi, il faut laisser la politique aux politiciens. Je ne peux pas m’immiscer dans le champ politique qui n’est pas mon domaine de prédilection. Je ne peux pas être à la fois un homme de la culture et un homme politique. Il me sera difficile de concilier les deux. On ne peut pas suivre deux lièvres à la fois, je pense. Je m’épanouis très bien dans le métier que j’ai choisi. En tant qu’artiste, c’est la politique culturelle qui m’intéresse et non la politique politicienne.

Mais n’empêche que la tentation est forte quand il s’agit d’argent et de gros sous proposés aux artistes pour soutenir tel ou tel candidat. Comment éviter de tomber dans le piège de la cupidité ?

Disons que si l’on me propose de l’argent dans le cadre de mon métier, je ne refuserai pas. Cependant si un candidat veut acheter ma conscience pour que je vote pour lui, je pense que cela me posera problème un problème de conscience.

Avez-vous un message particulier à adresser aux Ivoiriens et à la Côte d’Ivoire, un pays qui a besoin de se réconcilier après une décennie de crise ?

Je remercie les autorités ivoiriennes pour avoir engagé véritablement une réconciliation dans ce pays qui sort d’une décennie de crise sociopolitique et militaire. Si je devrais évaluer le processus de réconciliation en Côte d’Ivoire, je dirai qu’elle est à 70 %. Il reste donc encore 30 % pour que ce beau et grand pays soit totalement réconcilié. Je sais que ce n’est pas une chose facile dès lors qu’il y a eu mort d’hommes et que la justice doit faire librement son travail. Mais ce n’est pas impossible d’y arriver. J’ai foi que la Côte d’Ivoire sera en tête du peloton de l’émergence des pays africains.

Entretien réalisé par Clément Yao