Times24.info : Deux journalistes américains ont franchi une ligne, en réagissant positivement à l’assassinat du diplomate russe en Turquie. Ils sont tous deux une honte pour le métier qu’ils sont censés exercer, estime Bryan MacDonald, journaliste irlandais.

Si je n’ai jamais été pour la censure, j’ai souvent cru qu’il fallait interdire l’accès à la section opinions à certaines personnes. Pas parce que je ne suis pas d’accord avec leurs points de vue ou que je crois qu’il faut les faire taire. En effet, plus on entend de voix et d’opinions, mieux c’est. Non, c’est plutôt dû au fait qu’ils apparaissent stupides et n’en semblent pas du tout conscients. De fait, si on les faisait taire, ce serait un geste humanitaire, leur permettant de réfléchir à leur comportement asocial et à leur implacable égoïsme.

Après le meurtre épouvantable de l’ambassadeur russe en Turquie Andreï Karlov, deux individus se sont lancés dans des diatribes qui manquaient tellement d’humanité, au point qu’on a toutes les raisons de se poser des questions sur leur santé mentale, sans même parler de décence. Il s’agissait de Brian Whitmore de la radio d’Etat américaine Radio Free Europe/Radio Liberty et de Gersh Kuntzman de New York’s Daily News.

Evoquons d’abord ce dernier. Dans l’article intitulé «L’assassinat de l’ambassadeur russe Andreï Karlov n’était pas un acte de terrorisme, mais un châtiment pour les crimes de guerre de Vladimir Poutine», Gersh Kuntzman nous apprend que «pour [sa] part, [il] ne verse pas de larmes pour Andreï Karlov». Il poursuit en expliquant que le diplomate tué méritait en effet de mourir et le compare à «Ernst vom Rath, l’ambassadeur nazi en France, qui a été abattu en 1938 à l’intérieur de son consulat par un étudiant juif.»

Un danger public

Dans cette diatribe étonnamment déglinguée, le chroniqueur suggère que la postérité «pourrait justifier» le geste de Mevlut Mert Altintas, l’assassin d’Andreï Karlov. «Il [Karlov] n’était pas diplomate, mais soldat, et sa mort revient au même que mourir sur un champ de bataille, en dehors d’Alep ou dans une galerie d’art à Ankara. Son assassin était également un soldat — pas un terroriste, n’oubliez pas, mais un soldat.» Ainsi, en plus de faire preuve d’absence totale de compréhension de la réalité, Gersh Kuntzman expose ici sa bêtise absolue.

Voilà donc un écrivain américain qui jubile du meurtre d’un Russe.

En outre, ce même imbécile expose aussi au danger tous les diplomates comme si l’assassinat était un jeu équitable. Selon cette logique, si, par exemple, l’ambassadeur des Etats-Unis en Afghanistan ou en Irak avait été abattu, le Daily News nous dit au fond que cela pourrait se justifier en tant que réaction à l’agression américaine contre ces pays-là.

Comme plusieurs autres représentants de la «gauche» américaine, Gersh Kuntzman ne voit pas la forêt derrière les arbres, et utilise la Russie comme instrument pour détourner l’attention des échecs du mouvement qu’il soutient

Gersh Kuntzman présente aussi les lâches coups dans le dos de l’homme comme une lutte courageuse. Il manque totalement le point essentiel. C’est que la première démarche des djihadistes contre lesquels lutte la Russie, s’ils gagnaient la guerre d’une façon ou d’une autre, serait d’exterminer les libéraux comme lui et de mettre un terme à la presse libre. Mais, comme plusieurs autres représentants de la «gauche» américaine, il ne voit pas la forêt derrière les arbres, et utilise la Russie comme instrument pour détourner l’attention des échecs du mouvement qu’il soutient.

Passons maintenant à Brian Whitmore. Nous avons déjà examiné par le passé cet étrange correspondant. Ancien du Moscow Times (journal gratuit que vous pouvez prendre au McDonald’s à Moscou), il travaille maintenant au Conseil des gouverneurs de l’audiovisuel financé par Washington (dont le budget est trois fois plus important que celui de RT). Basé à Prague, il élabore un programme appelé The Daily Vertical. Dans de régulières interventions empreintes d’«ostalgie» allemande comme les films à succès du genre «Goodbye Lenin», il est assis devant une photo du Kremlin et crache sa propagande dénigrant la Russie.

Le creux de la vague

Cette semaine, il est descendu plus bas que jamais. Au lieu de montrer un peu de compassion pour les Russes à cause de la mort de leur ambassadeur (ce que même John Kerry, son chef, a réussi à faire), il a fulminé en bizarres diatribes anti-Kremlin. «Sa position (comme toujours) c’est que la Russie est tellement méchante, que même la mort de son ambassadeur est de l’eau à son moulin», a écrit Ben Aris, le rédacteur de Business New Europe, dans un mail à Johnson’s Russia List.

«L’intervention au Moyen-Orient ne se passe jamais sans coûts», nous dit Whitmore, ajoutant : «Alors, oui, l’assassinat d’Andreï Karlov était une tragédie et un crime. Cela pourrait aussi être un présage.»

Whitmore considère que Karlov a reçu ce qu’il méritait. Aris, encore une fois : «Cela vient d’un commentateur américain. Qui travaille pour une source médiatique appartenant au gouvernement des Etats-Unis. Un pays qui inonde d’argent et d’armes le Moyen-Orient depuis des décennies. Qui ferme, comme d’habitude, les yeux sur les violations les plus horribles des droits de l’homme en jouant sur le terrain de l’opportunisme politique», continue le journaliste britannique.

«Le pays qui a envahi l’Irak sans aucune justification. Cela a déstabilisé considérablement le pays, ayant détruit toutes ses institutions, et [les Américains] croyaient naïvement que, en tenant des élections, on pourrait construire un nouveau système démocratique. Ensuite, ils sont partis et ont observé comment leur potentielle démocratie fantoche s’est effondrée et comment la population locale, furieuse de l’invasion et des bombardements et écrasée par une énorme puissance, a été ensuite sermonnée quant à sa façon de diriger son pays, et a pris les armes pour chasser le pouvoir occidental. L’Etat islamique a été créé par ce qu’il faut reconnaître plus largement comme étant la politique internationale la plus incroyablement mauvaise depuis le siècle dernier voire plus», poursuit-il.

Ces deux pitres ont utilisé la mort du diplomate, qui était au service de son pays, comme prétexte pour promouvoir leurs propres préjugés contre la Russie

«Mais l’ambassadeur Karlov est mort parce que le Kremlin a osé intervenir dans ce qui est supposé d’être un chaos exclusivement américain ?», conclut l’ancien correspondant à Moscou.

Si Kuntzman mérite d’être excusé, car la Russie n’est pas son sujet régulier et parce qu’il a probablement englouti une grande dose de «fausses informations» et de propagande à l’égard de ce pays, Whitmore n’a pas une telle latitude. Un type qui a travaillé à Moscou en sait nécessairement plus. Et RFE/RL, qui l’emploie, devrait examiner attentivement son cas. Ces deux pitres ont utilisé la mort du diplomate qui était au service de son pays, comme prétexte pour promouvoir leurs propres préjugés contre la Russie. Leur comportement est honteux, ils discréditent le journalisme. J’aimerais finir en disant qu’ils doivent avoir honte d’eux-mêmes, mais ça ne marcherait pas, parce que, bien évidemment, ils ne savent même plus ce qu’est la honte.

RT