Times24.info : Les athlètes kényans ont dominé une 12e édition baignée de soleil. L’épreuve a un bel avenir devant elle

Un marathon, c’est une sacrée histoire, qui se raconte au compte-gouttes, à la sueur de son front. Mais là, à l’heure de la délivrance, sur ce pont du Mont-Blanc qui tangue de bonheur, l’inspiration manque. Il a fait chaud et les héros du jour cherchent leur second souffle. L’exploit porte un prénom et un drapeau. Les dossards disent le cosmopolitisme du Genève Marathon. Brusquement, un cri de joie perce la rumeur. Le Brésilien Bruno de Lima est le dernier concurrent à avoir franchi la ligne d’arrivée en moins de trois heures. Pour une seconde! A chacun son exploit, sa fierté.

Julius Chepkwony (28 ans), camarade d’entraînement de l’ancien recordman du monde Wilson Kipsang, espérait lui descendre sous les 2 h 10. Dans l’aristocratie du marathon, ce chrono de référence est une marque de dignité. A Genève, il lui aurait surtout valu quelques dollars de plus! Comme beaucoup d’autres coureurs africains, le Kényan d’Iten est d’abord un chasseur de primes. «Un marathon, pour eux, c’est deux ou trois mois d’investissement. Et le risque de tout perdre en un jour», confie René Auguin. Mandaté par les organisateurs, le manager parisien gère le plateau élite. «Selon le système de l’offre et de la demande», précise-t-il.

La débandade du lièvre

Sur le tablier bleu du pont du Mont-Blanc, Julius Chepkwony a remporté son quatrième marathon international (après Barcelone, Taipei et Venise) mais le record du parcours (2 h 11) lui est passé sous le nez pour onze secondes. Son front est perlé de frustration. «Il faisait un peu trop chaud», s’époumone-t-il. Un cliché s’évanouit. «Non, les coureurs des hauts plateaux ne sont pas insensibles à la chaleur. Chez eux, ils s’entraînent souvent dans le froid», note René Auguin.

En fait, c’est surtout la débandade du lièvre, déjà à bout de souffle après 10 km, qui a fait capoter le plan de course! «Les leaders ont tergiversé, ils n’ont pas l’habitude de faire cause commune, de partager», ajoute René Auguin. Chez les dames, Jane Kiptoo a elle aussi transpiré pour défendre son titre en 2 h 35’03. Silhouette si menue, la Kényane semble avoir encore fondu au soleil…

La joëlette du bonheur

L’épreuve genevoise, qui visait un chrono sous les 2 h 10, n’est donc pas encore entrée dans le Hall of Fame du marathon. Elle a reçu d’autres lettres de noblesse, à la pelle. «Un record ne se commande pas, les champions africains ne sont pas des robots», philosophe Benjamin Chandelier, largement comblé par le satisfecit général des participants. «Pour nous, la qualité primera toujours», indique le directeur du marathon en soulignant les efforts entrepris cette année pour améliorer – encore – la nature du parcours ou l’organisation du transport des sacs. Il n’a pas peur d’applaudir une course sans nuages et sans faux pli à l’image des tee-shirts techniques «Swiss label» distribués aux coureurs.

Chez OC Sports, l’entreprise qui tient les rênes de la manifestation depuis 2010, on se garde bien de mettre la charrue avant les bœufs. Les bénéfices attendront. «Là, on est encore en phase de développement et d’investissement», explique Rémy Duchemin, son directeur général. L’objectif des 20 000 participants reste dans son viseur. «On devrait y parvenir dans deux ou trois ans. L’événement atteindra alors sa maturité, sans trahir, j’y compte bien, sa taille humaine.»

Tandis que le directeur parle, les marathoniens défilent sous la banderole d’arrivée. Les foulées sont plus lasses mais la fierté d’être arrivé au bout n’en est pas moins grande. Comme celle du jeune Robin, un enfant polyhandicapé de Clair-Bois, que son accompagnant François Cormorèche, cadre chez P & G, a mené à bon port en joëlette. C’est une belle histoire, qui donne des frissons.