Times24.info : « Je ne suis pas seul. Je ne suis plus le candidat de mon seul parti. Je suis le candidat de toute l’opposition réunie au sein de la Coalition pour l’Alternance 2016. En étant en prison, si j’ai réussi à mettre Issoufou en échec, ce n’est pas maintenant que je suis le candidat de toute cette opposition que je ne le battrai pas ». Telle est la substance de cet entretien d’une grande portée que Hama Amadou a accordé à Nigervoice, du fin fond de sa cellule de la prison de Filingué.  Hama dit tout. : son combat pour un la démocratie et un Niger uni, son accord total avec les options politiques de la Coalition pour l’Alternance.

Entre l’arbitraire et la malice politique qui le privent de tout mouvement, Hama Amadou n’est ni vaincu, ni résigné. Il est juste indigné et frustré.

« Visiblement Issoufou a tout verrouillé. C’est un candidat qui se pavane seul avec les moyens de l’Etat, l’administration, l’armée, après avoir mis et maintenu son adversaire en prison. Il n’y a pas d’élection », constate-t-il.

Sa frustration est d’autant plus grande que depuis son arrestation suivie de son incarcération, il n’a été présenté à aucun juge d’instruction.

 «  Je suis le prisonnier du régime » déclare-t-il avant de nous faire le point de ses journées qu’il passe en recevant les rares visiteurs qui arrivent à « décrocher » les permis de communiqués pour venir lui rendre visite.

Il suit l’évolution les péripéties de la campagne électorale ; il réfléchit profondément et attend d’affronter Issoufou Mahamadou au cours du face-à-face prévu au deuxième tour.

« Si jamais, on me le permet », lance-t-il.

Confiant ? Oui mais tout aussi déterminé car étant en prison, et sans avoir pas pu battre campagne, il est au deuxième tour.

 « Que voulez-vous voir ici d’autre que la ferme volonté de notre peuple à se dresser contre l’injustice etl’immoralité », s’exclame-t-il.

La volonté des nigériens est d’une grande clarté. Et ce n’est pas, ajoutera-t-il les avis tronqués des observateurs nationaux et internationaux qui feront que l’injure s’ajoute à la blessure qui viendront dire ce qui n’est pas.

Sur les observateurs, Hama Amadou est très critique et il s’explique : « sur un grand territoire comme le Niger, ils viennent la veille, ils se déploient, ils circulent le jour du scrutin et le lendemain avant même la proclamation des résultats ils se précipitent pour faire des déclarations  pour dire que l’élection s’est bien passée ».

  Il ajoute que « très  souvent dans le contexte africain, les observateurs viennent pour légitimer la fraude et donner un chèque en blanc au pouvoir en place ».

Hama Amadou a une lecture claire du tableau économique de son pays.

L’économie, dit-il, est dans une situation catastrophique ; les ressources sont gaspillées et dilapidées dans des investissements qui ne sont pas rentables économiquement à moyen terme et dont le remboursement n’est pas garanti. A longue, le pays sera en cessation de paiement.

Il indexe particulièrement le cas des revenus issus de l’exploitation du pétrole.

« Malgré les ressources générées, le panier de la ménagère ne s’en ressent pas », fustige-t-il.

Il est d’autant plus inquiet que la jeunesse du Niger n’a pas sa part de cette manne : elle n’a toujours pas d’opportunités d’emploi.

Pourquoi ? Parce que « la plupart du temps les grosses infrastructures, comme les échangeurs et les routes sont construites avec une main d’œuvre importée.

Les retombées de ses infrastructures ne sont pas injectées dans l’économie nationale », retient-il.

Et que fait une jeunesse désœuvrée ? Elle cède aux tentations extrémistes et criminelles, et au lieu d’être la force de l’avenir, la jeunesse devient une bombe à retardement.

« La situation que vit le Niger est inédite avec une injustice des plus flagrantes », réaffirme le prisonnier le plus célèbre de l’Afrique de l’Ouest.

Face aux périls qui planent, Hama en appelle à la clairvoyance de ses compatriotes qui en aucun cas ne doivent céder à la tentation de la propagande ethnique et au régionalisme. « C’est l’arme des faibles », dit-il.

Et Issoufou s’en sert parce que son horizon est embué.

« Moi, en 2011, je n’ai pas hésité à soutenir Issoufou contre Seyni Oumarou, mon frère qui vient de la même région que moi », rappelle –t-il.

Plus récemment, poursuit-il, « le même Issoufou a eu à bénéficier de l’appoint de Salou Djibo, qui n’était ni de la même région, ni de la même ethnie que lui pour accéder au pouvoir ». Le destin du Niger est trop précieux pour être pris en otage.

Avec Nigervoice