Times24.info : Le petit maillot est né le 5 juillet 1946 à Paris et son inventeur est enterré à Lausanne. Retour sur un succès avec Ghislaine Rayer, coauteure de «Bikini, la légende».

Bikini

Bikini

5 juillet 1946 à la très sélecte piscine Molitor à Paris. Le gratin se presse pour le concours de la plus jolie baigneuse. La gagnante arbore un deux-pièces comme on en voit déjà depuis une dizaine d’années, avec une culotte haute qui cache sagement le nombril. Mais le maillot de bain resté dans les annales, c’est celui que portait Micheline Bernardini, un tout nouveau modèle avec un bas échancré couvrant seulement les hanches d’un bout de corde. C’est la première apparition du bikini.

Son inventeur, Louis Réard, l’a nommé ainsi en référence à l’atoll sur lequel les Etats-Unis venaient de faire des essais nucléaires. «Louis Réard avait un grand sens de la communication. La nouvelle avait été médiatisée dans le monde entier. Il s’est dit que, s’il nommait son invention bikini, tout le monde allait en parler», raconte Ghislaine Rayer, coauteure de Bikini, la légende.

 

«On est à la sortie de la guerre, les femmes ont dû remplacer les hommes, elles se sont émancipées. Louis Réard a vu tout cela»

 

Réard a aussi été inspiré par le styliste Jacques Heim, qui avait imaginé un petit maillot nommé atome. Le premier clame dès lors avoir inventé «un maillot encore plus petit que l’atome». «On est à la sortie de la guerre, les femmes ont dû remplacer les hommes, elles se sont émancipées. Louis Réard a vu tout cela», relève la spécialiste de la lingerie et du balnéaire.

Le temps ne donnera pas raison tout de suite au visionnaire, qui, pour la petite histoire, a fini sa vie à Lausanne et est enterré au cimetière du Bois-de-Vaux. Dans les premières années, son bikini est loin de s’imposer. La clientèle lui préfère les coupes plus couvrantes. En 1953, Brigitte Bardot apparaît sur la plage du Carlton à Cannes en bikini. Elle vient d’épouser Roger Vadim et n’est pas encore un sex-symbol, mais les photos font le tour du monde. La même année sort Manina, la fille sans voiles. Brigitte Bardot n’y porte qu’un tout petit maillot de bain qui fait scandale, les affiches publicitaires doivent être refaites. Aucun visa d’exploitation ne sera délivré au film durant cinq ans, ni en Europe ni aux Etats-Unis.

Interdit sur les plages

Car, s’il est bientôt de tous les concours de Miss, sur les plages le bikini est interdit. Il est banni en France au bord de l’Atlantique, en Italie, en Belgique, en Allemagne, où il sera même prohibé jusqu’en 1970. En Espagne, il est toléré seulement sur la plage de Benidorm, le maire ayant eu l’accord de Franco, venu en personne trancher la question.

Mais bientôt les choses changent. Aux Etats-Unis, le code Hays sévit dans l’industrie cinématographique, mais il meurt à petit feu dans les années 1960. Ursula Andress sortant triomphalement de l’eau dans James Bond 007 contre Dr No lui assène le coup de grâce. Si Sean Connery a bénéficié d’un couturier renommé, il a fallu habiller Ursula Andress à la hâte. C’est donc en Jamaïque qu’un tailleur indien confectionne un petit maillot plutôt banal. Le metteur en scène trouve alors le détail qui change tout: une ceinture de plongée blanche de l’armée anglaise et un poignard commando de l’armée américaine. «Cette scène donne une nouvelle image de la femme, indépendante, sportive, avec un métier puisqu’elle est elle ethnologue», remarque Ghislaine Rayer.

Itsi bitsi petit bikini

Les années 1960, c’est aussi l’époque où Dalida chante Itsi bitsi petit bikini, adaptation d’une chanson américaine où une jeune fille aimerait porter son minuscule maillot sans choquer. En 1968, le bikini devient symbole de liberté et se démocratise. «Sur les plages familiales, il est vraiment accepté dès ce moment-là.» Aujourd’hui, rien qu’en France, les ventes atteignent plus de 350 millions d’euros. Plus près d’ici, les Lausannoises Mel et Alma, qui ont lancé l’an dernier leur ligne de maillots, sont des aficionados: «Il existe tellement de deux-pièces différents que chaque femme peut trouver celui qui va la mettre en valeur, ce que le maillot à une pièce fera difficilement. En Suisse, il commence gentiment à devenir un accessoire de mode à part entière, mais nous sommes loin des pays comme le Portugal, où on le porte fièrement à la plage comme on exhiberait une belle robe pour une soirée», remarque Alma Gudzevic.

Pour Ghislaine Rayer, le bikini a encore de beaux jours devant lui: «A la plage il domine largement, il reste le vêtement idéal pour être habillée sans être indécente.»

 (24 heures)