Times24.info : Aujourd’hui généralisée, l’épilation du pubis chez la femme a été considérée selon les époques comme un moyen d’émancipation ou d’asservissement. De l’antiquité égyptienne aux années 1950, l’historienne Diane Ducret explique comment la bataille des sexes s’est toujours jouée à un poil près.

Dans un atelier du New York des années 1920, les ­artistes Man Ray et son ami Marcel Duchamp s’adonnent à une drôle d’activité. Face à l’objectif indiscret de la caméra tenue par Duchamp, Man Ray, déguisé en barbier, rase le pubis d’une femme nue. Loin d’être vulnérable ainsi dépossédée de sa toison pubienne, l’excentrique modèle a le sentiment de transformer son entrejambe en manifeste. Son sexe imberbe devient un symbole, celui d’un mouvement artistique nouveau qui a décidé de rompre avec les conventions. En dépoilant cette femme, Man Ray compte bien choquer les mœurs. Il veut montrer ce que l’histoire cache depuis toujours. À Paris, il rencontre Kiki, une autre modèle qui n’a pas froid aux yeux. Il veut la photographier dans son plus intime appareil. Mais voilà, Kiki craint que les clichés ne révèlent sa « tare physique », une infirmité des plus dramatiques… l’absence de poils pubiens.

Elle a pourtant tout essayé pour les faire pousser, les onguents et les massages, mais rien n’y fait. Pragmatique, le photographe voit son intérêt dans cette particularité : tant mieux, elle passera la censure. Bientôt les poils épars de Kiki entrent dans l’histoire. Elle affiche sa toison comme une rébellion, comme la réalité d’un corps de femme, avec son animalité, ses imperfections.

Duchamp a quant à lui une dent contre les « abominables fourrures abdominales » qu’arborent les femmes entre leurs jambes et qui fait ressembler leur sexe à un chou-fleur. Ne ­rasant pas que les modèles, il invite sa jeune épouse, Lydie ­Sarazin-Levassor, à procéder à une épilation totale. « Ce fut une séance mémorable, dit-elle, car le produit employé, très efficace, à base de soufre, dégageait une odeur caractéristique qui me poursuivit au moins quarante-huit heures ! J’avais beau me baigner, m’inonder de parfum, on aurait pu me suivre à la trace. Lucifer arrivant tout droit des Enfers n’aurait pas été plus décelable que moi ! » L’expérience dépilatoire de Mme Duchamp n’est pas isolée. Le poil féminin est le vestige d’une animalité qu’il excite en se montrant, le signe d’une maturité sexuelle à laquelle les hommes ne comprennent pas tout, et qui leur fait peur parfois. Et un animal à poil ras semble toujours plus docile.

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