Invité de la radio Lynx FM, le chef de l’opposition guinéenne, a accepté de relater une partie de la fin du régime Conté, quand il était premier ministre. Dans cet extrait, Cellou Dalein Diallo fait allusion à la relation difficile qu’il a eue avec Alpha Ibrahima Keira. Quelques extraits…..

« J’ai discuté de ce décret pendant plus d’une semaine avec le président Lansana Conté. Je m’excuse de parler de Keira mais il m’a accusé de rayer son nom à l’insu du président. Ce sont des contre-vérités. Lorsqu’il ya eu la grève, M. Keira a fait une circulaire, menaçant de licencier tout travailleur qui observerait la grève et même le déférer devant les tribunaux. Naturellement, cette attitude a choqué plus d’un syndicat.

Lorsque je suis devenu Premier ministre, j’ai reçu les syndicalistes, Rabiatou Sérah Diallo, Ibrahima Fofana, je leur ai expliqué la situation économique du pays. Je leur ai demandé leur soutien dans le redressement de notre économie. Dans ce cadre, j’ai sollicité une trêve sociale d’une année, ils me l’ont accordé. J’étais trop optimiste quant à l’annulation de la dette puisque mon objectif était l’atteinte rapide du point d’achèvement PPTE. Personnellement, j’ai élaboré un programme de stabilisation de l’économie pour en faire un programme formel en vue d’obtenir des résultats d’ici fin 2005.

Je n’ai pas obtenu tout de suite l’adoption le programme du point d’achèvement en 2005. Or, je n’avais obtenu qu’une année de trêve sociale. Alors dès janvier, à juste raison, les syndicalistes ont dit que la trêve sociale est arrivée à échéance, qu’il fallait augmenter leurs salaires, sinon ils iraient en grève.

Dès qu’ils ont lancé cette idée, Keira a aussitôt fait une circulaire pour les menacer. J’ai dit à Keira non, qu’il fallait négocier, parce qu’on avait pris un engagement, qui n’a pas été respecté. Donc, on n’était pas en règle. Keira a dit non, que celui qui observerait la grève serait licencié. J’ai répondu que le droit de grève est consacré par nos lois. Fofana et Raby ont accepté le principe de négociation à condition d’annuler la circulaire. Ils avaient raison.

J’ai donc demandé à Keira d’annuler sa circulaire, il a refusé, il a même disparu. C’était de l’insubordination et de l’indiscipline caractérisée. Alors, j’ai vu le Président de la République. Il m’a dit de prendre un acte et de l’annuler. J’ai fait une circulaire du Premier Ministre pour déclarer que la circulaire du ministre de la fonction publique est nulle et de nul effet. J’ai dit au Président de la République que je ne pouvais pas travailler avec M. Keira. Il m’a dit non de le laisser, lui va régler.

Lorsqu’il fallait constituer le gouvernement, je l’avoue, j’ai dit que je ne pouvais pas travailler avec M. Keira, qui avait fait preuve d’indiscipline et d’insubordination caractérisée. Le Président était d’accord. Donc, c’est avec l’accord du président, qu’on a sorti du gouvernement M. Keira et un autre ministre. Dans ce projet, rien absolument n’a été falsifié, je me suis mis d’accord avec le président. Il y a des détails que je vais raconter.

A un moment donné, j’avais décidé de partir du Gouvernement parce que  le Président sous l’effet de la maladie, chaque fois, lui-même était amené à te désavouer. A un moment, je ne supportais pas. Il y a des témoins comme Tibou Kamara, Idrissa Thiam, qui était le directeur du protocole du président de la République.

Je suis venu voir le Président de la République pour lui demander de me décharger. Puisqu’il ne m’était plus possible de travailler comme Premier Ministre à ses côtés. Je serai toujours un fils loyal, un soldat, compte tenu de l’affection et de la confiance qu’il a eu pour moi, mais je ne vais plus être Premier Ministre.

M. Idrissa Thiam peut témoigner. Je l’ai appelé pour lui demander de convaincre le Président. Après cela, il m’a dit de venir le voir. Il m’a dit qu’il faut que je reste, il a accepté que je mette des gens avec lesquels on va s’entendre. Naturellement, j’ai dit que je ne pourrai pas travailler avec Keira compte tenu de l’insubordination et de l’indiscipline dont il a toujours fait preuve. Donc, c’est négocié avec le Président qui était d’accord. Il faut que cela soit clair. J’avais tellement du respect pour le Président Conté que je ne pouvais pas le trahir.