Times24.info : C’est un brûlot inquiétant. Un journaliste décrit une presse sous influence.

Le secteur des médias est confronté depuis une dizaine d’années à une restructuration importante. Les revenus publicitaires baissent et les lecteurs migrent sur Internet. En France, des titres aussi prestigieux que Le Monde, Libération, Le Parisien ou Les Echos sont désormais contrôlés par des financiers ou des industriels. L’un après l’autre, les éditeurs ont jeté l’éponge. Cette «main basse sur l’information» inquiète le journaliste français Laurent Mauduit, cofondateur de Mediapart. «Ces prises de contrôle s’accompagnent d’une montée en force de l’affairisme», lâche ce journaliste et essayiste. Dans un livre, il s’attache à démontrer comment les journaux passés sous le contrôle de ces nouveaux magnats évitent désormais de traiter certaines affaires.

L’indépendance de ces médias est menacée. Comment le quotidien économique Les Echos peut-il enquêter sur l’une des marques de son propriétaire, le groupe LVMH dominé par Bernard Arnault? Les rédacteurs du Figaro vont-ils véritablement se pencher sur les conditions de vente des avions de combat Rafale à l’Inde ou à l’Egypte alors que ce journal est possédé par le groupe Dassault, qui fabrique ces appareils? La situation est aussi délicate pour Libération, aux mains du magnat des télécoms Patrick Drahi (SFR), par ailleurs résident en Suisse, ou encore pour le Monde, notamment possédé par le banquier d’affaires Mathieu Pigasse et par Xavier Niel, autre acteur de poids des télécoms (Free). Quant aux journaux des régions limitrophes de la Suisse (Républicain Lorrain, Dernières Nouvelles d’Alsace, Le Progrès, Le Dauphiné Libéré), ils appartiennent in fine au géant bancaire Crédit Mutuel. De quoi émousser les ardeurs journalistiques.

 

«Main basse sur l’information» Laurent Mauduit, Ed. Don Quichotte, 2016.

 

(24 heures)